
Kaboul, le 5 juin 2005
Chers amis,
Je vous écris de Kaboul.
Nombreuses sont les routes qui mènent à Kaboul, ville
symbole d'un pays dont on ne sort pas sans y avoir laissé une partie intime de
soi. Sans doute il y a de cette attirance particulière dans cette route que
j'ai tracée depuis 25 ans en Afghanistan, témoin que je suis des combats de ce
peuple pris dans la tourmente des guerres et des répressions. Sans doute, c'est
cette attirance là qui me pousse à y être aujourd'hui encore, alors que l'intérêt
de la communauté internationale est déjà ailleurs.
Aux lendemains de la libération de Kaboul en 2001, fort
des conflits que j'ai couverts dans le monde, sachant que les blessures
ineffables sont celles de l'âme, sachant que les guerres brisent l'identité culturelle
d'un peuple, sachant que les répressions emprisonnent la liberté de dire et de
penser, j'ai compris l'importance de créer Aïna ,
organisation humanitaire. ONG de la troisième génération, elle participe au développement
des médias indépendants et de l'expression culturelle, fondements des démocraties
naissantes et de l'émergence des sociétés civiles.
Que restera-t-il des maisons reconstruites, des routes
asphaltées, des écoles et des hôpitaux bâtis, sans société civile animée par un
peuple en marche vers la démocratie, et éduqué à la paix ?
Vous avez été sensibles à cette idée.
Depuis 4 ans, au sein de ses 8 centres des médias et de
la culture installés en provinces et à Kaboul, Aïna forme des professionnels (femmes
et hommes) et soutient des initiatives locales de médias indépendants, dans des
domaines aussi différents que le documentaire vidéo, le photo-reportage, la
radio, la presse, le cinéma itinérant éducatif dans les provinces les plus
reculées...Jusqu'à un passé récent, quelques 300 afghans bénéficiaient de
formations et participaient à la production de films, d'émissions radio, de
reportages photos, de magazines et touchaient ainsi quelques millions
d'auditeurs, de spectateurs ou de lecteurs...
Aujourd'hui, je vous écris afin de ne pas réduire à néant
la volonté de ces journalistes qui ont perdu leur travail et leur espoir de
participer à l'émergence d'un Afghanistan pacifié et libre, et ce, par manque
de fonds.
Quant aux enfants...Ceux-là même qui, grâce au soutien
d'Aïna espéraient que la mendicité dont ils vivaient était
bien derrière eux ...! Ceux-là même qui survivaient en vendant à la criée
les publications soutenues par Aïna, tout en s'alphabétisant par la même
occasion... !!! Beaucoup de ces enfants-là sont retournés à leur collecte
d'ordures et au geste humiliant de la main tendue, car nombre des publications
qu'ils vendaient n'existent plus.
Quant au magazine Parvaz (l'Envol), ce bijou de la presse
afghane de tous les temps, l'unique magazine pour enfants lancé par Aïna et
distribué gratuitement dans tout le pays, véritable fenêtre sur le monde, éducatif,
ludique, pédagogique ; cette pierre à l'édifice d'un futur Afghanistan où les
acteurs de demain (que sont les enfants d'aujourd'hui) seront ouverts, tolérants et
démocratiques, cessera de paraître.
Une obligation morale envers les afghans, au nom des
citoyens d'un monde libre que nous sommes, me pousse à partager cette situation
alarmante, voire désespérée, pour l'ensemble de ces projets qui manquent de
financement pour accéder à une autonomie nécessaire.
Aujourd'hui toute l'équipe d'Aïna, de Kaboul à Paris se
bat pour préserver le souffle de la liberté...à répandre partout.
Je vous écris de Kaboul puisque aujourd'hui vous êtes les
seuls à pouvoir aider Aïna par votre réaction et votre implication.
Ces projets ont besoin de vous parce qu'ils nourrissent
l'âme meurtrie et bâillonnée d'un peuple en marche vers la paix.
Je reste dans l'attente de vos nouvelles, de vos actions
et je vous en remercie.
Reza

Aidez Aïna en adressant cette lettre à tous vos amis
et en leur demandant de la faire circuler à leur tour.
Soutenez Aïna, les média independants, la liberté de la presse et les journalistes afghans.
Courrier de Christophe de Ponfilly
Lettre aux membres du Jury Albert Londres
Chers Amis,
Je rentre d'Afghanistan où je suis allé ouvrir le
chantier de mon film de fiction ( L'Etoile du soldat),
dont le tournage va enfin se dérouler dans la vallée du Panjshir en août et
septembre prochains.
En Afghanistan, comme vous le savez, la paix demeure
fragile.
A la suite de manipulations diverses et variées, du jeu
malsain des Pakistanais, de l'étonnante capacité des Américains à cumuler les
erreurs, les Taliban reviennent, souvent en costumes cravates, la même folie
nichée dans leurs cervelles. On en trouve jusque dans les nouveaux Ministères...
Partout, pourtant, une démocratie tente d'exister. Le 18
septembre prochain, pour la première fois, des élections législatives vont se dérouler
à travers toutes les provinces du pays.
Si je m'adresse à vous tous aujourd'hui, c'est pour vous
transmettre l'appel au secours de notre confrère Reza Deghati, photographe ô combien
célèbre et talentueux qui, comme je l'ai été, s'est trouvé proche de Massoud et
des Afghans. Après l'assassinat de Massoud, Reza s'est engagé dans la
reconstruction de cet Afghanistan dont rêvait cet homme pour qui nous avions
tant d'estime.
Reza, en 2001, a donc créé Aïna, une ONG de développement
de média. Grâce à cette initiative, et à son énergie, il a pu rassembler autour
de lui des Afghanes et Afghans qui ont pu donner vie à des journaux (pour
enfants, pour femmes et pour tous publics), mais aussi des radios et quantité d'autres
initiatives utiles pour le développement d'une démocratie (voir les documents
ci-joints).
Aujourd'hui, à la suite de plusieurs difficultés, Aïna
est menacée de disparition. Les seuls journaux libres d'Afghanistan risquent
alors de mourir, les radios de céder la place au silence et, pire, aux imprécations
de fous d'Allah bien décidés à prendre leur revanche sur les Américains et
notre monde occidental qu'ils vomissent.
Il faut aider Aïna afin que rien de ce qui a été créé ne
meure. J'ai rencontré Reza, il y a quelques jours à Kaboul. Il ne baisse pas
les bras. Si, les uns et les autres avez des idées pour faire parler de ce qui
se trame, Reza vous dira comment le soutenir. L'Afghanistan a besoin d'une
presse indépendante, avec des journalistes afghans dignes de notre métier, témoins
privilégiés de l'évolution de leur société sorti d'un long cauchemar qu'ils ne
souhaitent pas vivre à nouveau. Les aider, c'est nous aider aussi.
Florence Aubenas est libre. Les soutiens ont été précieux.
Aïna doit continuer à vivre. Je laisse à chacun de voir
comment soutenir Reza et son magnifique engagement.
Je m'étais engagé à vous transmettre son appel. Si vous
le désirez, si vous en avez les moyens, je vous passe le relais. Merci.
Confraternellement.
Christophe
de Ponfilly
Courrier d’Olivier
Weber
Chers Amis,
Ne laissons pas tomber l’Afghanistan, ne laissons pas tomber ceux qui n’ont
jamais oublié le pays de Massoud, jamais. Reza, témoin engagé, est de ceux-là.
Dès les temps héroïques de résistance afghane, il a emprunté les sentiers minés
pour rejoindre les moudjahiddins et
raconter leurs drames, appareil photo en bandoulière. Son association Aïna,
créée en 2001, a beaucoup fait pour l’Afghanistan. Formations, camerawomen,
journaux, radios. Reza s’est lancé avec noblesse de coeur et succès dans un nouveau combat et
nous le croisions aux pieds des falaises aux bouddhas assassinés comme dans les
villages reculés du Panchir.
Aujourd’hui le pays demeure fragile.
Les manœuvres persistent.
Et Aïna en souffre.
Je vous demande de relayer son appel à l’aide.
Pour que ceux qui ont beaucoup appris avec Aïna, le Miroir, puissent sourire
encore.